Nous sommes tombés sur une longue communication de Georges LIVET, historien et doyen de la Faculté des lettres de Strasbourg, publiée en 1942 dans la Revue géographique des Pyrénées et du Sud-Ouest, Tome 13. Celle-ci s’intitule La Double : sa géographie, son histoire, ses habitants, son économie et son évolution et sa transformation jusqu’aux années 40.

  • la Revue Géographique
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  • Carte de la Double
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La destruction de la forêt

Nous avons particulièrement été frappés par l’un des chapitres intitulé « Les menaces contre la forêt et la destruction de l’équilibre traditionnel », qui évoque les dévastations que subit la forêt à la fin du 18e siècle et les conséquences sur la vie et la santé des habitants de la région. L’auteur évoque ainsi sa “ destruction désordonnée pour un profit immédiat ”, et les coupes faites pour pourvoir aux besoins de la Marine royale. Puis, suite à la Révolution française, des parcelles sont vendues dans le cadre de la vente des Biens nationaux, sans que cela “ne profite pas au paysan, trop pauvre et déjà endetté. La propriété passe aux mains de riches étrangers, bordelais surtout. La vente n’est qu’occasion de spéculation. Le déboisement ne connaît plus d’entraves, favorisé par les progrès des communications : les bois sont facilement exportés par l’isle canalisée. » _

« Déboisement, spéculation, destruction désordonnée », tous ces termes résonnent ô combien aujourd’hui :

  • les coupes rases surgissent un peu partout en France, dans la Double comme ailleurs pour le profit de grands groupes au mode de gestion productiviste fait de coupes rases et de monoculture résineuse,
  • les grumes partent par bateaux vers la Chine et les États-Unis qui réclament du bois pour pourvoir à leurs besoins.

Avec la vente des bois commence le nouveau cycle de la Double : elle va servir de réservoir aux spéculations étrangères au pays, de gens peu inquiets des conséquences désastreuses des « coupes blanches .

On ne pourrait croire que cela se passe à la fin du 18e…

Aux mêmes maux, les mêmes effets ?

Au début du 19e siècle, les habitants de la Double, vivant déjà chichement, doivent faire face à ce que LENTILHAC et GUILBERT dans leur rapport publié en 1803*, nomment « la fièvre, qui sévit neuf mois dans l’année » : le paludisme. Cette maladie, colportée par les moustiques se répand d’autant plus que l’on déboise. Et c’est ainsi qu’une campagne de reboisement et d’assèchement de certains étangs, débute, car, le dit Georges LIVET,

s’il semble certain que les étangs jouent un rôle dans la conservation des fièvres, d’autres facteurs interviennent et en premier lieu le déboisement. Le bois brisant l’action des vents, arrête par sa présence la dispersion des miasmes marécageux. On constate que la mortalité s’accroît au fur et à mesure que les déboisements ont lieu. 

Pour nous protéger nous-mêmes, ne devrait-on pas tirer leçon de l’histoire : favoriser la biodiversité et arrêter de la mettre à nue à coup de coupes rases, de sylviculture intensive, de destruction des zones humides ? Que fera t-on si l’on détruit les espaces qui hébergent les prédateurs des moustiques, notamment les moustiques tigres, vecteurs de virus comme la dengue, Zika ou le chikungunya ?

En Dordogne, 99% de la forêt est privée. Certains propriétaires peuvent être tentés par l’appât du gain en vendant leurs parcelles aux grands groupes industriels du bois. Mais ne faut-il pas avant, réfléchir aux conséquences pour leurs enfants et petits-enfants ? Quel patrimoine vont-ils leur laisser..?

La forêt est le bien de tous, propriétaires ou non : elle doit être respectée comme la source de tout profit et de tout plaisir et la gardienne d’une société.

*LENTII.HAC (E. de) et GUILBERT (L.). Rapport sur la Double, présenté à la Société d’ Agricu1ti1rc, Sciences cl Arts et à l’Association médicale de la Dordogne. Périgueux, Dupont et Cie, 1803, in-8°, 92 p.